5è commandement : Ne tue pas la reine

Je disais dans l’article du mois passé qu’accepter l’essaimage pour l’apiculteur, c’est aussi accepter une réduction de la production de miel de la ruche mère … et qu’il est donc tentant de s’y opposer. 

Dans les lignes qui suivent, j’aborderai le rôle de l’abeille « reine » dans une colonie, comment un œuf pondu par la « reine mère » donnera une abeille ouvrière ou une abeille reine pour arriver enfin au commandement « Ne tue pas la reine », pratique usuelle en apiculture de production (j’expliquerai pourquoi) mais que je me refuse d’envisager dans une approche permacole[1] de la gestion de mes colonies.

 

Quel est le rôle essentiel d’une reine dans la colonie ?

La reine est celle qui assure le développement de la population dans la ruche en pondant des œufs (traits blancs dans les alvéoles). S’ils sont fécondés avec un spermatozoïde[2], ils donneront des larves (larves d’ouvrières) qui se développeront en nymphes d’ouvrières le plus souvent, en nymphes de reines quand les abeilles le décideront.

Larves à gauche, œufs à droite Reine entourée d’ouvrières

La population d’une colonie passe ainsi de 10 à 15.000 individus en fin d’hiver à 40 à 60.000 individus[3] en pleine saison mellifère pour retomber progressivement à 10-15.000 en fin de saison.  Pour cela, la reine pond ± 400 œufs/jour début février, augmente progressivement son rythme de ponte pour atteindre le chiffre hallucinant de 1.500 à 2.000 œufs/jour courant mai avant de réduire progressivement sa ponte parce que la disparition de la nourriture (nectar et pollen) rend inutile la présence d’autant d’ouvrières.  La ponte sera à priori totalement interrompue pendant 1 ou 2 mois d’hiver franc.

Cette performance, la reine est capable de l’assumer les 2 ou 3 premières années de sa vie.  Les abeilles vont détecter quand elle ne sera plus capable d’assurer son travail de « bonne pondeuse » et qu’il est donc temps de lui assigner une nouvelle mission : quitter la ruche mère avec une partie de la population, essaimer pour fonder une nouvelle colonie.

 

Comment devient-on reine dans le monde des abeilles ?

Dans la ruche mère, les abeilles en prévision de l’essaimage, élèvent de nouvelles reines en nourrissant abondamment certaines larves de la fameuse gelée royale et en leur construisant un logis adapté à leur développement accéléré qu’on appelle « cellule royale ».

Couvain d’ouvrières et cellule royale Cellule royale

Avant la naissance des nouvelles reines, les abeilles destinées à essaimer vont imposer un régime amaigrissant à la reine mère (elle doit pouvoir voler) et au jour « J », la houspiller pour qu’elle quitte la ruche-mère avec elles.  Cela se passe habituellement d’avril à juin avec un pic d’essaimages en mai.

Dans la nouvelle colonie, une fois l’essaim relogé, la reine qui a migré avec de 10 – 15.000 abeilles à parfois 30.000 abeilles, se remet à pondre, permettra aux abeilles d’élever dans la nouvelle colonie de jeunes reines et l’une d’entre elles[4] assurera la relève de la reine mère qui sera alors éliminée par les abeilles.

Vous l’aurez compris : la reine des abeilles assure le développement de la colonie selon un cycle annuel de ponte progressivement croissante puis décroissante pendant quelques années d’une part, la multiplication et la dispersion des colonies par l’essaimage d’autre part.

Elle aura bénéficié pour cela d’un régime spécial, la gelée royale, depuis le stade de larve ce qui permet son développement plus rapide et sa taille plus importante.  Ce régime à la gelée royale lui sera assuré durant toute sa vie par les abeilles nourricières.  C’est à ce prix qu’elle peut assurer son travail de forçat de la ponte.  La reine est aussi l’abeille qui vit le plus longtemps (4 – 5 ans dans un cycle naturel sans interaction avec l’homme).

 

Ne tue pas la reine

Je reviens au premier paragraphe : une colonie qui essaime est une colonie qui produira moins de miel puisque sa population est réduite de moitié d’une part et qu’il faut attendre la naissance de la future reine qui ne pourra se remettre à pondre qu’après son vol de fécondation.  L’interruption de ponte, soit le délai entre la dernière ponte de « l’ancienne reine » et la première ponte de la « jeune reine » sera de ± 20 jours.  Il faut savoir que la jeune reine peut aussi ne pas revenir : 15 à 20 % des jeunes reines sont happées par un oiseau.  Sans intervention de l’apiculteur, la colonie mère est alors condamnée à disparaitre

La tentation est donc grande de s’opposer à ce mécanisme naturel de reproduction et de dispersion des colonies d’abeilles mellifères ?  Comment ?

– En tuant la reine et en la remplaçant par une reine issue d’un élevage artificiel que ce soit tous les 2 ans, voire tous les ans.

– En éliminant toutes les cellules royales que les abeilles tentent d’élever en visitant la ruche tous les 10 jours de mi avril à fin juin ou mi juillet.  Pour trouver ces cellules royales, il faut sortir du corps de ruche[5] chaque cadre, l’inspecter pour détecter chaque cellule royale en début de construction ou construite et les détruire.  Ce type de visite perturbe chaque fois le délicat équilibre de température et humidité au sein du corps de ruche que les abeilles mettront quelques jours à rétablir.

Tout cela au profit non des abeilles mais de l’apiculteur.  Vous l’aurez compris, lutter par tous les moyens contre l’essaimage naturel est contraire aux commandements « Sois le moins intrusif possible » et « Ne tues pas la reine » d’une gestion permacole des colonies.

Ceci dit, toute colonie doit essaimer mais pas nécessairement chaque année et une bonne compréhension de la biologie de l’abeille, du rythme de son développement annuel évitera les essaimages intempestifs.  Je parle ici des essaimages provoqués par une surpopulation dans la ruche que certaines pratiques apicoles peuvent générer ou qu’une mauvaise gestion de l’habitat (placement tardif des hausses qui sont les greniers à miel) peut provoquer, gestion rendue compliquée par un printemps pourri comme celui que nous venons de vivre.

 

Des questions ?

Venez les poser en nous retrouvant[6] au potager « PermaWet », rue de l’Eglise ou rue St Germain, le samedi entre 10 et 12h00. 

 

Georges

[1] Pour rappel, gestion permacole d’une colonie d’abeille = contraction de permaculture et gestion apicole

[2] Chez les abeilles, les œufs fécondés donnent des abeilles femelles (ouvrières ou reine), les œufs non fécondés donneront des abeilles mâles, appelés faux-bourdon (allusion à leur vol bruyant comme celui des bourdons).

[3] La population d’une ruche comprend exclusivement une reine, de 40 à 60.000 ouvrières et de 1500 à 2.500 faux-bourdons qui ne sont présents qu’entre fin mars et fin septembre pour assurer la fécondation des reines.  J’y reviendrai à propos du commandement : « N’élimines pas le couvain de mâles ».

[4] Les abeilles sont prévoyantes et élèvent donc plusieurs reines … la première d’entre elles, si elle est en parfaite santé, éliminera ses concurrentes.

[5] La partie ou la reine pond ses œufs dans les alvéoles construites par les ouvrières et ou ces ouvrières assurent le bon développement du couvain par  nourrissage des larves et  maintien de la température entre 32 et 34°c notamment.

[6] J’y suis le plus souvent mais pas toujours : envoyez moi SMS pour vous assurer de ma présence.